dimanche 2 août 2026

Geoffrey Poulain, de technicien de la faune au Québec à berger d’alpages

Parcours assez original pour Geoffrey Poulain, le nouveau berger des alpages de la Sûre en charge de la garde du troupeau des génisses des plateaux. Il a grandi au bord du lac d’Aiguebelette, a suivi des études au lycée agricole à La Motte Servolex, en Savoie, avant de partir au Québec pour suivre des études de technicien de la faune, puis de biologie à l’université. « Au Québec, il y avait une vraie approche de travaux pratiques sur le terrain et une promesse d’emploi pratiquement garantie, c’est ce qui m’a poussé à partir », précise Geoffrey. Six années de formation outre Atlantique et une embauche pour des inventaires poissons en lacs et rivières, mais aussi sur les chiroptères, les amphibiens, éventuellement un peu de botanique, c’était ce qu’il recherchait. « On était dans des zones très éloignées de la civilisation, on partait parfois deux semaines, j’aimais beaucoup ce travail en milieu isolé dans le nord Canada, je travaillais pour une firme de consultants… ». Au bout de douze années « d’exil » et malgré des retours en France chaque hiver et des petits boulots, Geoffrey a souhaité se rapprocher de ses sources, de sa famille, ce qu’il vient de faire cette année, en mai.

Sur les alpages de la Sûre et de Jusson, un troupeu de 219 génisses, propriés de 11 éleveuse et éleveurs, gardées par Geoffrey Poulain

Ce printemps, il se porte candidat pour un poste de technicien aux TAAF (Terres Australes et Antarctiques Françaises), pour assurer une mission de suivi de la biodiversité, mais n’est finalement pas retenu. Un ancien copain du lycée agricole, berger à ses heures et avec qui il travaille de temps en temps le prévient que la Coopérative d’alpage des Gentianes, qui met des troupeaux en commun et exploite les pâturages de la Sûre, recherche un berger en urgence, suite à la défection du titulaire. Non disponible, il propose son pote Geoffrey… « J’ai un copain qui sait travailler dehors, il est débrouillard et motivé, il serait partant… ».

Malgré sa connaissance très relative du monde de l’élevage, de la filière agricole et son éloignement du monde paysan, il postule. Il rencontre les éleveurs qui font face à un gros problème de recrutement pour l’estive de leurs génisses. Le courant passe entre eux, la motivation de Geoffrey passe avant ses compétences. « J’ai alors suivi une formation accélérée avec les éleveurs, une semaine après l’emmontagnée, la montée aux alpages…  Ils m’ont fait découvrir l’alpage, m’ont donné quelques notions pour suivre le comportement des génisses, appréhender leurs éventuels problèmes de santé et les soins aux animaux ».


Depuis le 23 juin et jusqu’à fin septembre, Geoffrey est donc en charge de la surveillance d’un troupeau de 219 génisses, propriétés de 11 éleveuses et éleveurs. Afin de ne pas dégrader les alpages, elles sont réparties sur 350 hectares sur six parcs : Bannettes, Vararey, Hurtières, Petite Vache, Grande Vache et Jusson. « J’ai une vraie responsabilité auprès des éleveurs… Ils m’ont confié l’avenir de leurs fermes… On est loin du travail en usine que j’ai pratiqué certains hivers… » précise Geoffrey. Avec un été particulièrement caniculaire et sec, son attention se porte beaucoup sur la ressource en eau, attentif aux bulletins météo.

Le refuge d'Hurtières
Certains alpages, exposés Sud ou Est sont déjà bien jaunes… Hébergé au refuge d’Hurtières au cœur de l’alpage, dans des conditions plutôt confortables, avec douche, WC, eau chaude et électricité solaire, Geoffrey apprécie beaucoup son « nouveau bureau ». Manque le réseau téléphonique qu’on capte sur les hauteurs… « mais ça me convient… ». Seul sur son alpage, Geoffrey ne recherche pas particulièrement la solitude. « Il y a beaucoup de passages de randonneurs, on échange, on trinque ensemble, je me fais des amis d’une journée… »


Ce poste va lui permettre de rajouter une corde à son arc, une ligne supplémentaire sur son CV. Pour la saison prochaine, il guète les opportunités pour retrouver un travail plus proche de sa formation de technicien de la faune sauvage et pense repostuler pour les TTAF en espérant que sa candidature sera retenue…

Alain Provost

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