vendredi 28 août 2026

« On n’avait jamais vu l’alpage dans cet état ! » : sans eau ni herbe, la descente des génisses de la Sûre avancée d'un mois

Ils s’en rappelleront de l’estive 2026 dans les alpages de la Sûre. Une année difficile pour Gisèle, Jean-Paul, Mado, Maurice et les autres, les anciens éleveurs, la plupart en retraite. Une année comme on en n’a jamais vue, une situation jamais vécue.

C’est la Coopérative d’alpage des Gentianes qui gère cet alpage depuis 1980. 46 ans au compteur sur les 350 hectares de l’alpage répartis sur six parcs, des Bannettes à Jusson, dominés par la Grande Sûre. 219 génisses, propriétés de 11 éleveuses et éleveurs, viennent passer l’été, de juin à septembre, un alpage que l’on ne peut atteindre qu’à pied (depuis le col de la Charmette) comme beaucoup d’autres sur le massif de la Chartreuse.
Mais cette année, la descente, la « démontagnée » aura lieu ce samedi 29, quatre semaines plus tôt.

Le 15 août dernier, et comme chaque année, ils se sont tous retrouvés au chalet d’Hurtières, au cœur de l’alpage (photo ci-contre), l’occasion pour Gisèle Eldin (à droite sur la photo), ancienne présidente de la coopérative, de faire un bilan et d’exposer tous les problèmes que subissent les éleveurs, qui se sont accentués cette année.

219 génisses au pied de la Grande Sûre.
Un été très compliqué pour les éleveurs de la Sûre
« Dès la montée, on s’est tous mobilisés pour que l’alpage s’en sorte, mais dès la première canicule de mai, la pousse de l’herbe a été retardée », précise Gisèle. « Certains secteurs se sont trouvés avec de l’herbe et pas d’eau, ou le contraire, et ceci dès le 10 juillet. En 2003, lors de la grande sécheresse qui est restée ancrée dans les esprits, il y avait des mouillères, des résurgences d’eau comme au col d’Hurtières… On n’avait jamais vu l’alpage dans cet état ! »

Faute d'herbe et surtout d'eau, l'estive a été sensiblement raccourcie.
Sans eau ni herbe, il a donc fallu répartir les bêtes entre les différents parcs, un travail qui a dû être assuré pendant toute l’estive. « Les éleveurs ont beaucoup aidé pour répartir les bêtes… D’habitude, ils ne montent qu’une ou deux fois au cours de l’été, cette année c’était toutes les semaines ». Cela a été compliqué dès le début de saison, car un premier berger embauché leur a fait défaut. Geoffrey, le berger arrivé une semaine après les génisses et pour qui c’était une première, a eu beaucoup de fil à retordre, entre les clôtures à réparer dans l’immense alpage, les pattes cassées et les soins, les troupeaux à déplacer, un loup qui a laissé quelques empreintes… mais il s’en est sorti, aidé par les éleveurs qui avaient aussi leur exploitation à entretenir dans la plaine. (Voir article)

Une gestion difficile 
dans un contexte d’agribashing
« Une année hyper difficile, pour tous », poursuit Gisèle. « Les nouveaux éleveurs ne se rendaient pas compte du travail en alpage … ». Ces éleveurs vivent dans un contexte d’agribashing pas toujours facile. Pour résoudre leurs problèmes d’eau, ils avaient installé une petite bâche à eau aux Bannettes. Elle a été tailladée au cours de l’hiver, rendue inutilisable. Les randonneurs, nombreux sur le secteur, sont pourtant très demandeurs d’échanges. Ils sont curieux, prêts à aider pour aider à soigner une génisse ou signaler un fil de clôture cassé. « Cela fait partie du métier de berger d’accueillir ».
Il y aussi tous les problèmes administratifs. « Pour la moindre demande, il n’y a pas de crédits. On trouve l’argent pour créer une piste forestière mais pas pour l’entretien du refuge ou des parcs. Il faut demander des subventions pour une année sur l’autre sans vraiment connaitre ce qu’on aura à subir. Si vous quittez l’alpage avant la date prévue, il faut expliquer pourquoi, fournir justificatifs et preuves que l’estive ne fonctionne plus par manque d’eau et d’herbe. La DDT, notre interlocuteur, doit faire remonter à la Commission européenne qui ne connait pas le secteur ».

Le refuge d'Hurtières au pied de la Grande Sûre
Alors, reviendront-ils en 2027 ? Sans doute… Pour la 47ème estive. En espérant une météo plus accueillante. Pour cette année, et si vous voulez échanger avec Gisèle, Jean-Paul et les autres, le rendez-vous est donné au col de la Charmette pour la « démontagnée », ce samedi 29 août, une bonne approche de ce monde rural.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merci d'avoir publié cet article. Cela m'a permis d'aller à leur rencontre aujourd'hui et de discuter avec l'un des bergers. L'arrêt précoce de son job dans les Alpages va lui permettre de commencer les vendanges dès mardi : les vendanges elle-aussi sont en avance...
Merci encore pour cette info! Joëlle de Proveyzieux (chef lieu)